Huile d'olive : campagne 2026-2027, les premiers signaux prix
Publié le 26 août 2026 · 7 min
Par l'équipe négoce Virginia · relu par Tarek Neffati, président
La campagne oléicole tunisienne 2025-2026 se referme sur des volumes exceptionnels, pendant que les premiers signaux de la campagne 2026-2027 arrivent d'Espagne et d'Italie — et ils ne racontent pas tous la même histoire. Ni le Conseil oléicole international ni aucun organisme officiel ne publie encore de chiffre de production pour la nouvelle campagne : à ce stade de l'année, seuls circulent des indices agronomiques et des signaux de marché. Voici ce qu'ils disent, ce qu'ils ne disent pas encore, et comment un acheteur professionnel doit s'en servir avant que les cotations ne bougent.
La campagne 2025-2026 tunisienne se termine sur un record
Les chiffres de l'Observatoire national de l'agriculture (Onagri) confirment l'ampleur de la campagne qui s'achève. Sur les neuf premiers mois de la campagne 2025-2026, la Tunisie a exporté 368 000 tonnes d'huile d'olive, contre 236 900 tonnes sur la même période de la campagne précédente — une hausse de 55,3 % en volume. Les recettes suivent, à 4 605,3 millions de dinars (+44,4 %), l'écart entre les deux progressions confirmant un repli des prix moyens à l'export par rapport au pic des années de pénurie.
Le détail par segment est instructif pour qui vend du vrac ou du conditionné. Le vrac reste dominant à 86 % des volumes exportés, mais le conditionné progresse plus vite : 51 500 tonnes, en hausse de 50,8 %, portant sa part à 14 %. L'extra vierge représente 83,6 % du volume total exporté, confirmation que la Tunisie vend d'abord du haut de gamme et non de la lampante ou de la raffinée. Côté débouchés, l'Union européenne absorbe 57,1 % des volumes — Espagne 32,1 %, Italie 20 % —, l'Amérique du Nord 24 %, l'Asie 11,3 % et l'Afrique 3,8 %.
Le prix intérieur tunisien raconte la même histoire de normalisation progressive : 13,68 dinars/kg en juin 2026 (+3,1 % sur un an), puis 13,16 dinars/kg en juillet (+1,4 % sur un an) — une légère détente séquentielle après les niveaux tendus de 2023-2024, mais des prix qui restent supérieurs à leur moyenne de long terme.
Ce que disent (et ne disent pas) les premiers signaux 2026-2027
Début septembre, l'huile d'olive européenne entre encore dans sa phase de nouaison et de grossissement du fruit ; les premières estimations fiables — françaises, espagnoles ou tunisiennes — n'arrivent traditionnellement qu'à partir de l'automne, une fois la récolte engagée. Ce que la presse professionnelle rapporte pour l'instant, ce sont des indices agronomiques précoces, à interpréter comme des signaux et non comme un chiffre de production.
| Origine | Signal 2026-2027 | Facteur clé à surveiller | Repère 2025-2026 |
|---|---|---|---|
| Espagne | Contrasté : réserves d'eau et pluviométrie hivernale favorables, mais données de floraison précoces pointant un recul de fertilité dans certaines zones | Confirmation de la nouaison ; ventes déjà réalisées sur le stock 2025-2026 | ≈ 1,4 Mt |
| Italie | Structurellement tendu : marges resserrées, volatilité annoncée par la profession | Production domestique (250 000-300 000 t) très en deçà de la demande (≈ 550 000 t) et des engagements export (≈ 400 000 t) | Déficit structurel, import-dépendance confirmée |
| Tunisie | Favorable : floraison jugée porteuse, stock de report élevé après une campagne abondante | Pression de la mouche de l'olive et aléas climatiques de fin de cycle | 450 000-500 000 t (COI et filière) |
Le point de vigilance espagnol mérite d'être nuancé plutôt qu'amplifié. L'organisation professionnelle espagnole OliveA a alerté en mai 2026 sur un rythme de ventes très soutenu — près de 880 000 tonnes déjà écoulées en sept mois, soit environ 70 % de la récolte 2025-2026 — signe d'un stock de report qui s'amenuise vite avant l'arrivée de l'huile nouvelle. Combiné à des signaux de floraison hétérogènes selon les zones, ce mouvement peut tendre le marché même si le volume final espagnol reste correct. À l'inverse, la Tunisie aborde la nouvelle campagne en position de force : un stock de report conséquent, une floraison présentée comme porteuse, et un réseau d'huileries qui a déjà démontré sa capacité à absorber une récolte abondante en 2025-2026.
L'Italie illustre un troisième cas de figure, celui du déficit structurel plutôt que du signal ponctuel. Une production domestique plafonnant autour de 250 000-300 000 tonnes ne couvre ni la demande intérieure (≈ 550 000 tonnes) ni les engagements export du pays (≈ 400 000 tonnes) : l'écart se comble chaque année par de l'huile importée, vierge et raffinée, dont la Tunisie fournit une part croissante — elle est déjà la deuxième destination européenne des exportations tunisiennes avec 20 % des volumes. Ce déséquilibre italien ne dépend pas de la météo d'une seule campagne ; il pèse sur la demande de vrac méditerranéen quelle que soit l'issue de la floraison espagnole.
Le scénario prix pour l'automne 2026
Après le reflux des cotations depuis les pics des années de pénurie, plusieurs observateurs du marché évoquent un risque de remontée des prix en Europe à partir de l'automne 2026, en lien avec les vagues de chaleur, la sécheresse et les incendies qui ont touché plusieurs bassins de production méditerranéens cet été. Ce n'est à ce stade qu'un scénario : sa réalisation dépendra avant tout du rendement final espagnol, mais aussi de l'Italie, de la Grèce, du Portugal et de la Tunisie. Le Conseil oléicole international et l'observatoire du marché de la Commission européenne publieront leurs premières lectures chiffrées de la nouvelle campagne à partir de novembre — c'est le rendez-vous à cocher pour transformer ces signaux en décision d'achat ferme.
Ce que cela change pour l'acheteur de vrac
Trois éléments concrets découlent de ce tableau pour qui achète de l'huile d'olive tunisienne en vrac.
La fenêtre actuelle reste favorable. Entre le stock de report tunisien encore disponible et une huile nouvelle qui arrivera dès novembre, l'offre au départ de Tunisie n'est pas resserrée — contrairement au signal espagnol. C'est le moment de sécuriser des volumes avant que les premières estimations d'automne, si elles confirment un repli européen, ne remontent l'ensemble de la pyramide des prix méditerranéens, la Tunisie n'étant jamais totalement déconnectée du tempo espagnol.
Fractionner l'engagement plutôt que tout miser sur un seul point d'entrée. Une partie du volume annuel peut se contracter dès maintenant sur du stock de report ou les premiers lots de campagne, le solde une fois les tendances de novembre confirmées. Cette logique de couverture progressive limite l'exposition à un pic de prix isolé, dans un sens comme dans l'autre. Notre article sur la campagne 2025-2026 et la mécanique des prix détaille comment se forment ces paliers saisonniers.
Réserver le fret avant la pointe de campagne. Novembre-décembre concentre à la fois le pic de trituration tunisien et une demande de conteneurs et de flexitanks tirée par toute la Méditerranée : les créneaux se réservent en amont, pas la semaine du chargement. Nous détaillons ce calendrier dans notre article sur le fret maritime et la réservation avant campagne.
Vérifier l'âge et le COA du stock de report. Une huile vierge issue du début de la campagne 2025-2026 approche désormais d'un an de stockage : elle reste parfaitement utilisable si elle a été conservée en cuve inox sous azote, mais son profil analytique — peroxyde, polyphénols, fraîcheur sensorielle — n'est plus celui d'une huile nouvelle. Un COA daté du lot, pas seulement de la campagne, permet de distinguer un stock de report bien conservé d'un lot qui a commencé à s'éventer.
Le signal espagnol, même prématuré, rappelle aussi une leçon structurelle : la production mondiale d'huile d'olive reste concentrée sur un nombre restreint de pays soumis au même climat méditerranéen. Notre guide sur la diversification du sourcing face au risque climatique détaille comment répartir ses origines et ses formats de stockage pour ne pas dépendre d'une seule météo.
Le calendrier à suivre jusqu'à janvier 2027
Trois échéances structurent la lecture de la nouvelle campagne : la confirmation de la nouaison en Méditerranée fin septembre, les premières remontées de terrain (Andalousie, Sfax, Sahel) en octobre-novembre au démarrage de la récolte, puis les premières estimations chiffrées du COI et des observatoires nationaux à partir de novembre-décembre, période qui coïncide avec le pic de trituration tunisien. C'est cette dernière fenêtre qui transforme les signaux agronomiques actuels en chiffres de production exploitables pour un contrat.
Sécuriser vos volumes avant la clarification d'automne
Virginia qualifie votre besoin sous 24 h ouvrées et cote vos volumes sur stock de report comme sur huile nouvelle, lot par lot, avec COA et dégustation à l'appui — sans attendre que les estimations de novembre referment la fenêtre actuelle. Précisez votre calendrier d'enlèvement et vos formats logistiques dans une demande de devis, ou demandez un échantillon pour valider le profil avant d'engager un volume sur cette campagne.
À lire ensuite

Marché
AOP et IGP de l'huile d'olive tunisienne : ce que ça change
Téboursouk, première AOP d'huile d'olive tunisienne, est protégée dans l'UE depuis 2024 : ce que les indications géographiques changent pour l'achat B2B.
24 août 2026 · 7 min de lecture

MarchéGuides
Exporter son huile d'olive vers les États-Unis : douane, FDA
HTS 1509, enregistrement FDA, Prior Notice et bio USDA : le guide pratique pour exporter de l'huile d'olive tunisienne vers les États-Unis, face à l'Espagne.
19 août 2026 · 7 min de lecture
Parlez-nous de votre besoin.
Volume, grade, conditionnement, destination : décrivez votre projet et nous revenons vers vous sous 24 h ouvrées avec une offre au meilleur prix — ou les bonnes questions.

